L’éducation n’est pas l’apprentissage :
une confusion culturelle
Albert Einstein résumait une intuition profonde en une phrase simple et dérangeante :
« La seule chose qui interfère avec mon apprentissage, c’est mon éducation. »
Cette citation ne rejette pas le fait d’apprendre.
Elle interroge la manière dont nous avons confondu éducation et conditionnement.
Apprendre est un processus naturel
L’apprentissage est inné, incarné et vivant. Avant même de parler, l’enfant apprend :
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par le corps,
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par le ressenti,
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par l’expérience directe,
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par l’élan intérieur qui le pousse à explorer, répéter, tomber, recommencer.
Un enfant n’apprend pas parce qu’on lui explique le monde. Il apprend parce qu’il est en relation avec lui.
Quand l’éducation se substitue à l’expérience
Il est important de le préciser : les pédagogues sont formés à cette nuance. Les sciences de l’éducation reconnaissent largement que :
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l’enfant apprend avant tout par l’expérience,
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l’erreur est un levier de restructuration,
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la curiosité est le moteur naturel de l’apprentissage,
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le corps, l’émotion et le vécu subjectif jouent un rôle central dans l’intégration.
Sur le plan théorique, ces principes sont connus, enseignés, documentés.
Mais dans la pratique, le système éducatif fonctionne selon une logique différente, souvent contrôlante. Pourquoi ? Parce qu’il repose sur une volonté implicite de maîtriser le processus humain.
Cette logique se manifeste par :
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des programmes imposés et uniformisés,
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une standardisation des rythmes d’apprentissage,
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une évaluation centrée sur la performance mesurable,
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une priorité donnée aux résultats plutôt qu’au processus.
Autrement dit, on ne cherche plus seulement à accompagner l’apprentissage, mais à gérer un "fichier humain", à produire des profils conformes à des normes préétablies.
Dans ce cadre, l’enfant apprend progressivement moins à explorer qu’à répondre aux attentes, moins à ressentir qu’à réussir, moins à comprendre qu’à se conformer.
La coupure du savoir intérieur
À force de valoriser uniquement le savoir transmis de l’extérieur, l’éducation classique coupe souvent l’accès au savoir intérieur — celui qui naît du vécu, du ressenti corporel, de l’intuition, de l’observation directe.
L’enfant apprend alors à chercher les réponses hors de lui, même lorsque celles‑ci sont déjà présentes en lui.
Apprendre, ce n’est pas remplir
Apprendre n’est pas accumuler des informations dans un esprit vide. Ce n’est pas remplir un contenant.
Apprendre, c’est réactiver, révéler, se souvenir.
C’est remettre en circulation une intelligence naturelle déjà là, mais souvent mise en veille par des cadres trop étroits.
Réhabiliter l’apprentissage vivant
Rééduquer l’éducation ne signifie pas abolir toute structure, mais :
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remettre l’expérience avant l’explication,
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autoriser l’erreur comme passage naturel,
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reconnaître le corps comme un lieu de connaissance,
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redonner à l’enfant (et à l’adulte) la confiance en son propre ressenti.
L’apprentissage vivant ne s’enseigne pas vraiment. Il se réveille.
En conclusion
L’enjeu n’est pas d’apprendre plus, mais d’apprendre autrement.
Non pas en ajoutant toujours davantage de contenus, mais en levant ce qui entrave l’élan naturel de comprendre.
Apprendre, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est redevenir soi.